From Portland to San Francisco

Extraits de notre périple du 20 avril au 10 mai 2013

Rejoindre la côte

Depuis Portland, nous traversons la vallée de la Willamette, très agricole, où vignobles côtoient des vergers et des grandes cultures parfois. Malgré tout, il semblerait que l’agriculture soit raisonnée ici et qu’elle mise sur la qualité. C’est ce que nous avions entendu de Portland. Nous ferons une petite dégust de rab dans le joli village de McMinville, à la Willamette Valley Vineyards, accueillis par le sympathique Steve Brusell. Cela arrangera notre point de vue quant au Pinot noir. En effet, dans cette cave, les vins que nous gouttons sont à notre goût. De plus, Steve nous explique la démarche adoptée par les initiateurs de ce beau projet respectueux de l’environnement. En particulier, il nous explique le recyclage des bouchons de liège collectés à la cave. Aussi les parcelles de production sont conduites en viticulture biodynamique, ce qui réduit les intrants. Ils sont notamment en pointe dans la prise en considération de la fragilité des écosystèmes des rivières peuplés de saumons sauvages. Et ne sont pas les seuls dans la vallée.

Les nuits sont plus douces. Une d’entre elles sera gâchée par un bout de verre saillant transperçant à quatre reprises mon beau tapis. Malgré les rustines, je terminerai la nuit sur les os et le sol. Le camping sauvage n’a pas que du bon! Cette même nuit, nous serons aussi réveillés dès 4h du matin par un trafic incessant de camions forestiers faisant le va-et-vient.

Le soleil dissipe les nuages et brouillard récalcitrants. On rejoint la côte sauvage de l’Oregon et la Highway 101. On se dore les pieds sur la plage de Lincoln City avec ces premiers francs rayons de soleil depuis notre départ de Vancouver. En fin de journée, on emprunte l’Otter Crest Loop pour éviter une grosse montée et surtout le trafic des voitures. C’est merveilleux. On aperçoit des phoques en contrebas au détour d’un virage. Pour clore cette superbe journée, on trouvera « the spot » pour camper, coincés entre route et falaise donnant sur la plage infinie. Le lever de soleil sublime fera vite oublier la mauvaise nuit encore terminée sur les os.

Courte escale à Newport, juste le temps de déguster les fameuses quiches chez Stephanie’s. Coup de coeur à Yaquina Head State park. Des rochers heurtés par les vagues et le vent violent. Des hurlements de milliers d’oiseaux (cormorans, murres, goélands…) cherchant place sur un bout de rocher déjà occupé par centaines de ses congénaires. Plage de galets de basalte témoignant du passé volcanique. Monde sous-marin coloré qui se dévoile un peu par marée basse (anémones, étoiles de mer…). On y serait bien resté des heures. Pour se remettre de nos émotions, on va au restaurant conseillé par Josh de Slowfood, à Newport, au Local Ocean Seafoods. Huîtres grillées et une énorme rascasse y passeront! Un régal. Le vent nous pousse pour camper au bord de la Driftwood Beach sous une nuit étoilée.

On efface les petites bourgades dans trop d’intérêt de Waldport et de Yachats pour débuter l’ascension du Cap Perpetua (passages à 10%), récompensée par une vue splendide sur la côte au Nord et au Sud. Cela en valait le détour. Vers Heceta Head, les vapeurs de genêts nous ennivrent. Comme nous, des vols immenses d’oiseaux (Bernaches du Canada) sont à la recherche d’un lieu de dortoir pour la nuit. Pour nous, ce sera près d’une décharge (propre). 🙂

Espaces naturels en Amérique

Comme nous aurons l’occasion de le goutter plus tard dans notre aventure, les espaces naturels protégés en Amérique sont exceptionnellement bien équipés, souvent accessibles aux fauteuils roulants, parfois aveugles. De nombreux panneaux d’information permettent aux visiteurs d’en apprendre sur l’histoire des lieux, la biologie ou encore la géologie. La côte de l’Oregon que nous traversons est une succession de nombreux State parks, National recreational area, et autres réserves. Les campings (le peu que nous avons pu/voulu fouler) sont très bien équipés aussi, avec table de camping, coin pour le feu et le BBQ sur chaque emplacement! Le revers de la médaille ou l’explication de tout cela est que la plupart de ces sites sont payants. C’est particulièrement flagrant dans les parcs nationaux. En Europe, notamment en France, nous avons la « chance » d »avoir des espaces naturels protégés gratuits d’accès. Par contre, ils sont souvent peu équipés. Que vaut-il le mieux? Cela correspond peut être aux attentes de la société en place, avec plus ou moins de confort et de sécurité… Anyway, cela est peut être en train de bouger à cause de la crise. A la suite des coupes budgétaires publiques, de nombreux parcs sont en train de se séparer de leurs employés publics, supprimant les services d’information/protection associés.

Rencontre des premiers cyclistes

Avec les beaux jours, nous commençons à croiser les premiers voyageurs, souvent en direction du Nord. Avec le vent de Nord-Ouest, ils doivent vraiment déguster. Là encore, la diversité des voyageurs au long court est saisissante. Certaines sont hyper chargés, d’autres pas du tout (dormant uniquement dans les B&B ou les motels). Les uns très équipés tels des professionnels. Les autres comme en balade du dimanche. Les uns avalant les miles, sans trop rien visiter, les autres prenant le temps de la rencontre, de la découverte (comme nous essayons de le faire). Souvent nous croisons ces cyclistes aux endroits stratégiques : café avec le Wifi, supermarché, centre d’information. Notre tenu de cyclistes fous attire aussi l’attention et la curiosité des personnes lambda, ce qui favorise la discussion, malgré limitée à quelques questions basiques (surtout quand on doit répéter 10 fois la même chose par jour) : Where are you heading today? How has your trip been so far? How long will it take to go to South America? Parfois on fait de belles rencontres comme cette colombienne toute affolée à l’idée que nous allions dans son pays d’origine à vélo!

Sur la route de la Californie

Passés Florence, et L’Oregon Dunes recreational area, nous campons pour la première fois dans un vrai camping, mais fermé, à Eel Creek. Par contre, il est plat, et avec l’eau courante. Parfait pour un petit nettoyage! Au Sud de North Bend, nous ferons un détour malchanceux par la route scénique vie Charleston, car le brouillard et le froid sont de la partie. Mauvaise pioche! Nous serons réconfortés le lendemain au café chez Kathy à Langlois, adoptant à l’occasion son petit agneau sevré. On recherchera l’agricultrice Zoe conseillée par Josh de Portland. Après avoir demandé aux quatre coins du petit village, on la trouve arrosant ses fleurs. Dommage nous n’avons pas le temps de visiter sa ferme dans les hauteurs. A partir de Port Orford, la côte redevient magnifique, avec falaises, plages à perte de vue. Les forêts noires sont colorées de rhododendrons géants. Peu avant Gold Beach, après avoir été malchanceux pour trouver un lieu de campement en cette fin de journée, nous irons coincés entre les dunes, accompagnant ainsi 3 vagabonds italiens et américains autour de leur feu. Le matin sera bousculé par le grondement des 4×4 pressés sur la plage, agglutinés et affairés à sonder le sable. Je me demande ce qu’ils font. En fait, en cette marée particulièrement basse, ils cherchent les fameux razor clam (des gros couteaux). Alors qu’on se résoud à tester une horreur dans un des nombreux fast-food qui arborent les immenses centres commerciaux des villes, on croise un allemand qui avale les miles. On se laissera convaincre à aller pour une fois au camping officiel à Brookings. On apprend à cette occasion que dans les campings des parks, il y a souvent des emplacements hike & bike, pour les randonneurs et les cyclistes pour seulement 5$/pers. La douche chaude sera un des bonheurs qu’on apprécie lorsqu’un peu de confort réapparaît. Le jour d’après, nous serons en Californie!!!

Territoire des redwoods

L’entrée dans l’Etat de l’or se fait par la forêt, où les premiers redwoods font leur apparition. Après Crescent City, nous entamons la visite dans les forêts des géants redwoods (Sequoia sempervirens), plus hauts arbres au monde. On est littéralement absorbés par la hauteur de ces arbres, et décollent systématiquement notre regard de la route, ce qui peut être dangereux! La route qui nous mènera au superbe camping Elk creek est vraiment agréable, surtout à vélo où on se rend réellement compte de la taille. Le jour suivant, je me lève aux aurores pour profiter de la forêt sans touriste qui se réveille doucement. Je devrai traverser un guet d’un petit ruisseau à l’eau glaciale jusqu’aux genoux, avant de rejoindre le camping pour interviewer le biologiste Keith Bensen du Parc national des redwoods. Il nous racontera de manière passionnante l’histoire mouvementée des redwoods, des tribus et de la gestion actuelle de ce site classé par l’UNESCO. De suite sortis de cette frange côtière où subsistent les reliques des forêts anciennes de redwoods, la plaine agricole revient à l’approche d’Arcata, mini Portland boosté par son université et où des vélos déboulent de chaque coin de rue. Nous y attend Janet et Barry tout souriant. On a vraiment bien sympathisés avec nos supers hôtes, partageant un repas copieux et riant copieusement. On se souvient encore du succulent cheese cake de Janet. Merci pour votre accueil! Une bonne nuit réparatrice dans un bon lit moelleux. Le vent souffle fort et les graminées sont en fête, ce qui est parfait pour les allergies! On passe rapidement par Eureka et son centre historique aux maisons victoriennes colorées pour s’engouffrer ensuite dans le flot de voitures sur l’autoroute avant, enfin, de bifurquer sur l’Avenue des Géants dans le Humbolt redwoods State park. Nous sommes contents de retrouver les redwoods, y compris dans le lieu de campement au camping Burlington. Pour la première fois du voyage, la nuit est douce car on est protégé du vent. Pour la première fois encore, nous aurons chaud dès que nous sortirons de la forêt fraîche de redwoods. Passage raccourci par Garberville, village hippie où on a l’impression d’être au milieu d’un champ de cannabis. On voit les dégâts qu’il cause sur les zombies résidents. Au bord de la riviève nord Eel, on trouvera le spot de campement espéré, où feu et baignade seront de la partie. Trois loutres s’affairent au bord de la rivière dès le petit matin.

Ambiance végétarienne

De Leggett à la côte pacifique qu’on doit maintenant rejoindre pour suivre la Highway 1, il faut traverser un col ardu. Malgré la chaleur, cela se passe bien. Le changement brusque de températures est saisissant : de la canicule au froid de la brise en quelques virages! La côte du Cap Vizcaino, elle inattendue, nous achèvera. Mais pour cette journée marathon (105 km, 6h15), nous devons encore avancer jusqu’à Fort Bragg. Au rare café où nous trouverons de la nourriture pour étancher notre fringale, nous rencontrons une anglaise voyageant seule, et légère. Elle voyage en mode princesse, de B&B en B&B. Elle nous accompagne, ou plutôt nous l’accompagnons vu qu’elle est plus rapide! Pour se récompenser, on dormira ce soir au motel, en tentant une nouvelle fois la promotion du projet. Cette fois-ci, cela ne marchera pas. Mais on dormira bien! On fait un petit détour le jour d’après pour rendre visite à Julia du réseau Slowfood, au milieu de la forêt de rhododendrons et d’eucalyptus. Paresseux, on n’ira guère plus loin, campant dans le Russian Gulch state park. Le jour suivant non plus nous n’irons pas loin, car une fois en selle, et à Mendocino, nous nous arrêtons au Stanford Inn Eco-resort pour interviewer le maître des lieux. Cet arrêt nous sera fatalement agréable. Après un interview inespéré et passionnant avec Jeff Stanford, la pluie se mît à tomber doucement et le brouillard à monter, Il n’en fallait vraiment pas plus pour que Jeff nous propose généreusement et naturellement de rester une nuit dans ce sublime hôtel respectueux de l’environnement. Finalement, nous resterons deux nuits dans ce cadre idyllique et harmonieux, entourés par la nature, aux frais de la princesse. C’est encore mieux d’expérimenter de l’intérieur ce bon exemple de tourisme durable. On en sortit presque végétarien tellement on s’est régalés. Bon, il faut avancer maintenant car on doit être à San Francisco dans quelques car Hélène qui nous y rejoint pour aller visiter les parcs nationaux est sur le point d’arriver.

Arrivée à San Francisco par la grande porte

On emprunte péniblement la Highway 128 pour aller faire un tour dans les vignobles de la Sonoma Valley. Les paysages ressemblent vraiment à la Sardaigne intérieure. On revoit quelques redwoods le long de la rivière Navarro. Puis ce sont les vignes aux domaines parfois impressionnants. Après Cloverdale, on pédale dans des petites routes qui mènent aux vignobles, très vallonnées, et défoncées. Attirés par le drapeau portugais, on fait halte dans une cave où on rencontrera Francisco. Nous finirons à être invités à partager le Caldo verde chez lui, à siroter une bouteille de blanc. A moitié émêchés, il sera dur de repartir pédaler! Quand même, nous parviendrons à atteindre les pâturages verts à la nuit tombée, sans savoir où dormir. Il fait froid. Quelques maisons en bord de route, suffisamment pour tenter sa chance. On frappe à la porte de Kathryn et Nat à proximité de Bloomfield, en leur exposant le problème. Fantastique pioche! Nous partagerons le repas avec eux, et dormirons dans leur chambre d’amis! Dernière journée avant San Francisco, nous déboulons vers la côte pour rejoindre la Hwy 1, traversons presque sans regarder la péninsule de Point Reyes. A quelques encablures à vol d’oiseau (!), on croit être presque arrivés. Mais on se trompe. La route qui mène à San Francisco via le Golden Gate bridge passe par deux cols, avec des pentes de plus de 15% par endroit. On est asséchés, pressés d’arriver. On se fait narguer par les automobilistes en balade. Après Sausalito, on fait la montée jusqu’au Golden Gate. Malgré les quelques touristes courageux par ce froid, on est heureux d’arriver par cette grande porte, une étape de franchie sur le chemin de l’Argentine! La traversée du pont en vélo transportant toute notre maison est un moment fort. Epuisés, nous arrivons 3h plus tard que prévu chez super Cindy. Hélène nous y rejoindra le lendemain. Welcome to San Francisco! Comme a Portland, on se sent bien dans la ville, malgré les nombreux touristes arpentant le centre ville.

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