Transborder Natural Heritage: Mariposas Monarcas en México

Enfant, lorsque je regardais, curieux de tout ce que la nature a seule le don de créer, des documentaires animaliers sur les espèces migratoires, je restais songeur. Comment une petite créature de quelques grammes, au cerveau peu développé en apparence, fait pour revenir exactement à l’endroit même où les individus de son espèce vont pour se reproduire ou s’alimenter. C’est déjà étonnant pour des espèces longévives comme la baleine ou les oiseaux migrateurs, mais alors là le petit papillon monarque qui ne vit que quelques mois et qui n’est jamais venu en ces lieux précis, comment fait-il pour savoir que c’est bien là? A-t-il un GPS intégré dans ses gènes? Est-ce cela ce qu’on appelle l’instinct ou la mémoire collective?

Versiòn española abajo

Périple du Papillon monarque

Un rêve d’enfant que de rencontrer ces petites créatures ayant parcouru à force d’ailes quelques 4500 km (soit presque autant que nous pédalant à vélos) depuis les grands lacs à la frontière entre le Canada et les Etats-Unis d’Amérique. Nous sommes un peu en avance sur leur planning d’arrivée (généralement fin octobre -début novembre où ils arrivent en masse, virevoltant dans les courants d’air, s’agglutinant sur les branches et troncs d’arbres lorsqu’il se fait froid) , un peu retardés à cause du temps pluvieux et frais de ces derniers jours dans les contreforts volcaniques de l’Etat magique du Michoacan. Quelques-uns seulement sont arrivés au bout de ce périple solitaire. Mais c’est déjà impressionnant!!

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Le froid étant dans les montagnes, certains n’auront même pas le goût de profiter de leur site de villégiature et d’hibernation en attendant les jours meilleurs du printemps pour se reproduire, et se meurent à même le sol. A quoi bon d’avoir parcouru autant de kilomètres, on peut se demander? Il en est ainsi! Comme nous l’explique le biologiste Felipe Meza Ramirez, Sous-Directeur de la Réserve , c’est dans cette région limitrophe entre les états mexicains du Michoacan et de l’Estado de Mexico que les papillons monarques (Danaus plexippus) doivent, années après années, se retrouver pour passer l’hiver, fuyant le froid des plaines du nord du continent. Il s’agit d’une des 3 routes migratoires identifiées : une autre se termine en Californie et la troisième se termine encore plus loin en Amérique du Sud (Colombie, Equateur). Le climat tempéré et sub-humide (hiver ni trop froid, ni trop doux, températures moyennes entre 8°C et 22°C et minimales de -3°C) de ces montagnes abruptes dépassant les 3000 m d’altitude est propice aux papillons. La végétation y est aussi déterminante : des peuplements de pins et d’Oyamel (Abies religiosa) avec des canopées hautes et un branchage ramifié permettant l’attroupement de la colonie pour leur protection (chaleur). Onze sites de colonies de papillons monarques sont répertoriés, répartis en grande partie sur les 56 000 hectares de la Réserve de Biosphère Mariposa Monarca (Programme MAB, 2006, UNESCO). Le site a été classé aussi comme site de patrimoine mondial par l’UNESCO en 2008. Dès 1986, la zone a été protégée au niveau national, classée en zone de protection de faune et de flore. Les recherches scientifiques nord-américaines menées sur cette espèce permettent d’en savoir un peu plus. Le « circuit » complet du papillon monarque, entre le départ vers le nord et son retour en terres mexicaines, dure un an, mais concerne quatre générations de papillons! Les trois premières générations accomplissent chacune une partie de la remontée vers le nord, vivant chacune 1 mois. Dans l’Est des Etats-Unis et du Canada, par où ils migrent, se trouve une plante essentielle à leur alimentation et protection : l’Asclepia (Algodoncillo en espagnol). La quatrième génération de papillons appelée « Matusalen« , elle, devra être davantage vaillante et refaire toute seule le voyage vers le Sud, des grands lacs jusqu’au Mexique. Par contre, elle vivra plus longtemps, jusqu’à huit mois (exceptionnel pour un papillon).

Menaces

De nombreuses menaces pèsent sur la survie du papillon monarque. Bien qu’il ne soit pas en danger, ces populations diminuent d’années en années, selon les suivis scientifiques effectués depuis 2004. Certaines années, les revenants sont peu nombreux, comme en 2012 où seulement 9 colonies s’étaient formées sur une surface de 1,2 hectares (en général la surface est de 6 hectares!). Les menaces sont diverses, affirme M. Meza. La principale menace est la destruction de l’habitat des Asclépias, plante essentielle à l’alimentation du papillon, à cause de l’utilisation d’herbicides et l’extension des cultures de soja et sorgho dans les plaines orientales des Etats-Unis. Le changement d’occupation du sol dans ces zones y est aussi préoccupant, avec la conversion de surfaces toujours plus grandes de zones « naturelles » à zone urbanisée ou agricole. Le changement climatique est aussi incriminé. Les sècheresses de plus en plus fréquentes au Texas (zone de passage des papillons en migration) affectent la végétation utilisée pour l’alimentation du papillon, ce qui conduit à sa vulnérabilité accrue ou sa mort. Au-delà de ces causes d’origines humaines, il reste la prédation naturelle du papillon. Malgré sa protection étonnante, extrayant de l’Asclépia une substance toxique qui le rend impropre à la consommation de ses prédateurs potentiels, le papillon fait le menu de quatre prédateurs dont un pinson et un rat… La conservation de l’espèce passe par sa meilleure connaissance, la création d’aires naturelles protégées comme cette Réserve, le développement de pratiques d’usage du sol plus respectueuses de l’environnement, etc. Difficile à faire étant donné le caractère migratoire du papillon, dont le cycle se déroule sur un territoire immense de l’Amérique du nord. Un Plan d’action trinational a vu le jour en 2008, entre le Canada, les Etats-Unis et le Mexique, afin de répondre aux enjeux de la conservation de l’espèce migratoire du papillon monarque. Peu d’actions concrétes et de résultats semblent en être sorti. Pourvu que l’évaluation prévue fin 2013 en tire les conséquences.

Tourisme

Si cette ressource naturelle semble peu exploitée au Nord, elle l’est vraiment au Mexique. L’effigie du papillon est partout : signalisation routière, emblème de l’Etat du Michoacan, boutiques avec le papillon à toutes les sauces. C’est qu’il attire quelques 100 000 visiteurs chaque année, entre novembre et mars, dans la région et fait vivre l’économie locale. Hôtels, restaurants, centres d’artisanat et évidemment les cinq sanctuaires ouverts au public (six sites de colonisations des papillons ne sont pas ouverts au public). Les sanctuaires sont gérés par les communautés locales (les Ejidos qui perçoivent par la même les droits d’entrée) et contrôlés par la Réserve de Biosphère (CONANP – Secrétariat des Aires naturelles protégées). Impact du tourisme sur la quiétude du papillon? Dans le sanctuaire El Rosario (commune d’Ocampo) que j’ai pu visiter depuis le Pueblo Magico d’Angangueo, les sentiers d’accès abrupts et en béton sont entretenus et aménagés très sommairement. Les explications aux visiteurs sont nombreuses et intéressantes mais peu mises en valeur. Le site est propre (heureusement car c’est le tout début de saison et même le site devait normalement être encore fermé au public). Il est officiellement interdit de s’approcher à moins de 30 mètres d’une colonie de papillon, de faire du bruit, de sortir des sentiers, de toucher des papillons au sol. Est-ce que cela est respecté par tous? Est-ce que cela suffit? En tout cas, l’arrivée du papillon dans ces terres est depuis toujours vu comme une aubaine venue du ciel. Aujourd’hui économique. Précédemment, les Purépechas le consédérait comme « l’âme des morts ». Les Mazahuas et Otomies l’associait au début de la récolte des cultures agricoles. Il est temps de reprendre notre route qui va s’élever dans ces montagnes brumeuses. Le passage le plus rapide sera cette route sinueuse à 10% pendant 8 fichus kilomètres, talonnés par l’orage qui gronde. Un régal avec notre chargement de zébu! Entrée dans l’Etat de Mexico, 7ème état mexicain traversé, avec en point de mire la capitale bouillonnante …

Version Española MariposasES

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4 réflexions sur “Transborder Natural Heritage: Mariposas Monarcas en México

  1. Helene dit :

    Genial, super.Merci encore de nous faire profiter…. Depuis le nepal je sens le roquefort qui me relie a la France…. et je vais y revenir c’est sur!!

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