INTRODUCTION VERTIGINEUSE AU PÉROU

Enfin au Pérou! Depuis la frontière équatorienne de Balsa, ou j’ai du me résoudre à prendre une camionnette vu l’état de la route défoncée de glissements de terrain boueux à souhait et de dénivelés impressionnants, je retrouve des routes en bon état, gravissant les mètres progressivement en zigzags. Plantations de café et de cacao me rappellent bien la Colombie. Les rivières se font torrents tantôt déchaînés, tantôt calmes. Passage rapide par Jaen et traversée du rio Marañon, principal affluent de l’Amazone avant de rejoindre le département Amazonas et le territoire des Chachapoya (lire autre récit).


J’en sors après une superbe descente, avec les couleurs du soleil tombant, ou les freins chauffent terriblement! Retour dans la fournaise à 900m d’altitude, manguiers, orangers, papayers… Le lendemain sera une dure journée avec une montée de 45km pour un dénivelé de 2200m.

Kuélap 3

Kuélap 3

Super route dans cette vallée de l'Utcubamba!

Super route dans cette vallée de l’Utcubamba!

P1020268

Wilayapampa

P1020290

Huamachuco

La route n’en finit pas de zigzaguer! Je vois l’autre zigzag à l’autre bout ou je n’arriverai que 2 heures plus tard. Mais ça se fait bien, malgré le poids de mes 2 charges de 65kg à tracter : la mienne et celle du vélo. Non content de cette belle montée, je poursuis mon chemin jusqu’à la tombée de la nuit pour camper. Cajamarca, ville qui croit rapidement dans la folie minière. Je suis étonné de voir autant de mendiants dans la rue, conséquence directe du développement minier qui a fait exploser le coût de la vie locale. Je me ressource à Huamachuco, charmant petit village, avec un chocolat chaud et des bonnes pâtisseries confectionnées par des adolescents. Proyecto Amigo : un projet social et solidaire bien intéressant de la Casa Marcelino. Balafres paysagères encore plus flagrantes par la suite. La plupart des cimes des montagnes est grignotée par les mines industrielles et/ou artisanales (les secondes le plus souvent illégales et peu sécurisées). Or, cuivre, zinc, plomb… Une douche glaciale de grêlons sur un haut plateau me résoudra à rejoindre la côte péruvienne.

 

Sitôt arrivé, sitôt reparti

P1020370

Trujillo et sa cathédrale

P1020373

Chan-Chan mosaiques

Trujillo, métropole anarchique dans la moiteur tropicale. Les grands projets d’irrigation développés pour l’agriculture côtière ont transformé le désert en oasis ultra-productive, le sauna en hamam. J’ai hâte de retourner dans les montagnes! Tant de trafic, de pollution de toute sorte, de bruit omniprésent, c’est trop. Juste le temps de visiter les deux sites archéologiques majeurs : Huacas la Luna et Chan-Chan. Le premier n’est qu’à 15 kilomètres du second. De la civilisation Mochis, c’est l’ancêtre de plus de 500 ans du second qui est de la civilisation Chimus. Bien que n’étant pas très porté sur les musées et sites figés, je me laisse conquérir. Ce sera mon meilleur moment sur la côte péruvienne…

A l’assaut de la Cordillère blanche

P1020397

Vallée désolée

P1020387

Vallée verdoyante irriguée

Parti à l’assaut des cimes enneigées de la Cordillère blanche, je traverse tour à tour désert de dunes, vallées miraculeusement verdoyantes, d’autres stériles et minérales aux couleurs de l’arc-en-ciel. En quelques jours, je passe du niveau de la mer à plus de 5000 m. La Cordillère blanche est la chaîne montagneuse tropicale la plus haute au Monde. Pas un végétal ne tente de s’agripper à ces parois rocheuses qui fréquemment s’éboule sous l’effet de la gravité et des pluies soutenues. Les couleurs témoignent de leur richesse en minéraux. Les mines ne sont pas loin. Des villages entiers dédiés à cette exploitation. Huallanca, un village fantôme, cerné de boue, aux habitants en habits fluos d’ouvriers de chantier.

P1020426

Cañon et tunnels

P1020460

Camping sous les éclairs

C’est spécial comme ambiance… Je retrouve des cyclistes croisés quelques jours auparavant qui ont tenté le passage en force par les chemins en terre. Résultat : je les retrouve couverts de boue et épuisés. Chemin défoncé, en tôle ondulée, le cauchemar du cyclovoyageur. Route fermée pour cause d’éboulement? Je ne me fie plus aux commentaires des locaux. L’un vous dit ceci, son voisin le contraire. Canyon du canard (CañondelPato), nom suspicieux, qui me fait rêver un temps au magret et au foie gras, mais des paysages merveilleux, parois verticales ou la route étroite se taille un chemin improbable, et suit une ribambelle de tunnels. Montée d’adrénaline entre les tunnels obscurs et au guet ou en sprint pour profiter du passage qu’il n’y a pas de nouveaux rochers qui tombent d’en haut!

Calleron de Huayllas : Vallée des merveilles

Continuant la remontée en altitude, je traverse à la hâte des villages charmants : Caraz, Yungay, Carhuaz pour enfin arriver à la bruyante capitale régionale Huaraz. Chacun tente de tirer son épingle du jeu touristique, sans aucune coordination territoriale. La proximité de Lima, la capitale péruvienne, et le patrimoine naturel comme culturel fourni copieusement, explique l’attrait de cette vallée. Le fleuve Santa qui y coule s’est faufilé un chemin entre la cordillère blanche et la cordillère noire. La différence entre les deux? Le blanc de ses neiges éternelles, enfin…

Cordillère blanche deviendra noire…

P1020533

Un des glaciers en vue depuis Huaraz

P1020474

Glaciers de la cordillère depuis Huaraz

Faute d’une météo propice, je ne ferai pas beaucoup de treks dans ce haut-lieu de l’andinisme. Mais parfois le soleil se fait plus généreux. Repos bien mérité à la Santiago’s House avec la famille de Santiago, d’où je fêterai mes 33 bougies avec de fameux Pisco Sour , cocktail national, en compagnie de Fiona, une cyclovoyageuse anglaise. L’âge du Christ. Justement, la Semaine sainte approche, il faut que je fuis dans les montagnes pour éviter le flot de touristes. Après hésitations, je traverserai la cordillère blanche par la piste du glacier Pastoruri.

P1020621

Puyas Raymondi

P1020551

Ascension vers les cimes

Superbe piste de montagne, se frayant un chemin entre des géants de glace. Elle est dénommée « Route du changement climatique« . Du à la fonte accélérée de son glacier Pastoruri (5100m), la municipalité mise sur la diversité d’attraits de la vallée toute entière pour pérenniser l’activité touristique : peintures rupestres, forêt de Puyas raymondii (sorte de yuca à l’inflorescence qui peut mesurer plus de 8 mètres), oeil d’eau, sources d’eau gazeuse, tourbières, fossiles, etc… Un pari qui me semble bien judicieux, car il faut s’adapter au changement. Aujourd’hui, le glacier recule de plus de 23 mètres par an! Ce site emblématique de la cordillère peut devenir un laboratoire d’étude du changement climatique. On peut y voir et toucher du doigt l’effet d’un changement global : le réchauffement climatique. N’en déplaise aux climato-sceptiques. C’est ainsi qu’évolue la Cordillère blanche, qui un jour deviendra noire, comme sa voisine!

Nuit blanche à hauteur du Mont Blanc

P1020665

Pitchouns de la cordillère

P1020644

Pitchoun du Tarn au Pastoruri

Je savoure donc de cette montée vers le glacier. Chahuté dès le début d’après midi par l’arrivée de la pluie, voire de la grêle, je dois raccourcir mes journées, ou les commencer plus tôt. Ce qui me conduira à camper à l’abri des maisonnettes au pied du glacier Pastoruri, à plus de 4800m. Première nuit à hauteur du sommet de l’Europe! Je la passerai blanche, sans fermer l »oeil, effet du manque d’oxygène. Mais pas si mal que ça, content d’être là avec les éléments. De là-haut, le Mont Blanc de ma belle France me paraît bien ridicule. Le lendemain, « tête dans le tchul » comme on dit chez nous, je passerai le col avant de redescendre de l’autre côté de la crête. Chemin désolé, battu par un vent glacial.

P1020246

Aji colorés

P1020692

Vers Huanucopampa

Il faut vite que je perde de l’altitude, risquant l’hypothermie. J’en débusque néanmoins des empreintes de dinosaures dans la roche, et des fossiles végétaux. Désormais, je fuis la pluie (je crois du moins) vers la jungle péruvienne, à travers la région de Huanuco, puis d’Ucayali. Je veux de la chaleur!!! Je vais être servi! Direction l’Amazonie!

Publicités

5 réflexions sur “INTRODUCTION VERTIGINEUSE AU PÉROU

  1. Mathilde dit :

    Coucou David,
    Bravo pour ce récit haut en couleurs, haut en altitude et en émotion ! Quel sportif, tu enchaines les dénivelés comme de rien on dirait. Profite bien de ce beau pays et prend garde à toi… les chutes de cailloux sur les routes que tu décris font frémir…
    Et… bon anniversaire en retard 😉 Ah le Pisco Sour…
    Mathilde

    • Merci Mathilde pour ce commentaire. Me voilà de retour dans la moiteur tropicale, au Brésil. Ici point de risque de chute de pierre mais plutôt des attaques sournoises de poissons de plus de 3 mètres

  2. Magali dit :

    Hello, le gascou !
    Impressionnant la description de ta découverte du Pérou… Je crois que je fais le même poids que toi maintenant, et merci de me faire voyager à travers tes récits.
    Garde la patate,

    Bises. Magali

Share a Comment!

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s