DU PANTANAL A L’ALTIPLANO BOLIVIEN (2/2)

Après quelques jours de repos dans la tentaculaire La Paz, j’engage la manœuvre par le volcan Sajama. Une bonne mise en jambe, plusieurs kilomètres à pousser mon engin dans le sable… Mais ça vaut le coup pour être au pied de ce géant, point culminant de la Bolivie. De là, je fais un saut au Chili. Froid la nuit, chaud le jour. Un air sec à t’assécher tout, y compris les voies respiratoires. Mes choix d’itinéraires ne sont pas toujours judicieux, mais bon j’y suis, j’y reste! Les vigognes, sortes de petits lamas sont bien intriguées par mon attirail. Les alpacas, leurs cousins domestiqués pour la laine et la viande, sont bien emmitouflés, eux. Je retrouve avec le sourire un couple voyageant en vélos couchés, Alice et Benoît (suivez les En Transat‘).

Merveilleux salar de Surire. Oh my god! Quoi de mieux qu’un plouf dans des sources thermales soufrées après une journée de piste, sous un ciel étoilé comme j’ai jamais vu. On fera un petit bout ensemble jusqu’au fameux Salar de Uyuni, revenant en Bolivie donc. Leur compagnie m’aura été importante dans des moments difficiles comme ceux-là. Sortant du Salar de Coipasa, je passe du sel dur au sable mou. Et vas-y, pousse! Qu’est ce que je fous ici je me dis plusieurs fois. Je retourne sur les rives du salar c’est beaucoup plus facile pour avancer. Une camionnette me sauvera de cette sale journée et m’évitera de faire 40 km horribles, où je me sens perdu, mon GPS ne marchant pas et la carte servant à rien. Non loin du volcan Tunupa et des champs de quinoa, je fais un pose dans le village de Salinas Mendoza. De Tahua, je m’apprête à traverser le plus grand désert de sel du monde, le fameux salar de Uyuni, mondialement connu pour ces paysages hallucinants. C’est le cas de le dire car l’immensité et la chaleur, ou le froid, selon le moment de la journée te font vite tourner la tête. Une manne pour le tourisme, et aussi pour l’économie minière car il cache sous son sel la plus grande réserve de lithium au monde. Les appétits miniers des multinationales et du gouvernement Morales ont eu raison de sa protection fragile. A l’heure où j’écris, la machine infernale est en route pour changer à jamais ce coin unique…

Après un détour par l’Île Pescado, je passe par celle d’Incahuasi, où transite les centaines de 4×4 touristiques en excursion. De la tranquillité, on se retrouve projeté d’un coup dans un haut lieu du tourisme de masse, avec toutes ces horreurs. Une fois la foule partie vers leurs hôtels confortables, on se retrouve de nouveau tranquille avec Alice et Benoît, les deux cyclistes « couchés » sur cette île, au milieu de cette immensité et de la Nature impitoyable. Le vent la fouette sans cesser jusqu’à 22h du soir. Un coucher de soleil incroyable, sur les crêtes de cimes au loin et les cactus géants. De nouveau, on se sépare et je me dirige vers le passage certainement le plus difficile de mon voyage : le Sud Lipez. Au programme quelques 500 km de solitude, de déserts de sel et de sable, de pistes défoncées par les centaines de 4×4 qui déferlent chaque jour, ensablées, et des côtes bien pimentées pour monter jusqu’à 4950 mètres. Au bout de deux jours j’accuse le coup. « Mais qu’est ce que je fous là » je me ressasse pendant une journée entière, la tête dans le guidon, à pousser les 80 kg de la bicyclette chargée sur les pistes « impédalables ». C’est la première fois que la solitude m’a vraiment pesée. C’est-à-dire que la Nature est vraiment impitoyable. Après le froid de la nuit, le soleil sort et vous accable jusqu’à 10, 11 heures du matin. Puis, d’un seul coup, sans prévenir, le vent se lève et vous devez vous recouvrir, mourant de froid. Ce vent là! Terrible! Pas un seul moment de répit.

Du calme de la matinée, presque paradisiaque suit donc l’enfer surtout quand il vous souffle de face ou de côté, ce qui était toujours le cas pour ma traversée. Heureusement, entre temps, j’ai réussi à me reposer, me ressourcer, me relancer. Lorsque j’arrivais jusqu’à une des nombreuses lagunes aux couleurs incroyables, entourées de volcans et montagnes colorées, peuplées de milliers de flamands roses, il n’y avait pas de pensées négatives mais juste la satisfaction et la contemplation de la Nature. Aussi, j’ai eu la chance de croiser quelques-uns de ces vacanciers – touristes de masse traversant, eux, en 4×4, dans un confort relatif. Certains m’ont souris, encouragés, d’autres m’ont offert un peu d’eau ou des chocolats, et même un groupe a accepté de me transporter sur 80 km jusqu’à la fameuse Laguna colorada. Cela m’a évité trois journées de poussée pendant tous ces kilomètres dans le sable! En plus de ce gain, de belles rencontres, des rigolades, des partages. Eux n’en revenaient pas que je puisse passer par ces chemins en vélo, et n’ont pas l’air de m’envier beaucoup. Tu m’étonnes! La suite sera plus clémente, enfin au moins je pourrai pédaler et les côtes ne me font plus peur. Avec calme, je monte n’importe où, même si c’est pour arriver à 5000 mètres d’altitude. Là des sources thermales et un geyser où je peux me délecter d’une autre manifestation de la force de la Nature. Incroyable!

La Laguna Chalviri sera finalement ma préférée des lagunes. J’y arrive en fin d’après midi et là, le summum. Un bain thermal à la température idéale que pour moi. Ouf! Le soir je retrouve une autre galère de voyageurs, notamment des français bien sympathiques. La dernière lagune est la célèbre Laguna verde. Sa voisine blanche est pour moi aussi belle. Tout dépend du moment et des goûts non? L’écrin est formé par la chaîne andine frontalière avec le Chili et par le majestueux cône du volcan Licancabur. Je camperai dans les ruines de maisons abandonnées. Le matin, avant que le flôt de 4×4 ne déferle, je profite du mirador de la lagune. C’est un véritable miroir. Puis je file vers la frontière. Là c’est vraiment un no man’s land. Encore quelques kilomètres pour atteindre le graâl. Le bitume. Bien que je répugne l’industrie qui le produit, je ne peux que l’embrasser. Le bonheur! Fini le sable et les cailloux! Ça avance tout seul! Pour couronner cette épuisante traversée, une descente de 2500 mètres de dénivelé pour rejoindre San Pedro de Atacama. Je file à plus de 70km/h avec un seul frein qui marche… Quel bonheur! C’est un passage obligé (et regrettable quand on a tant souffert pour arriver à cette altitude) pour avoir le tampon d’entrée au Chili. Choc thermique, du froid glacial du vent à la chaleur accablante et sèche. Une seule certitude à ce moment-là : satisfait d’avoir réalisé cette traversée à vélo et bien conscient de mes forces et faiblesses. Aussi, je ne le referai jamais dans ces conditions-là! Repos bien mérité dans cette jolie oasis. Un choc, venant de nulle part au milieu des étoiles à un haut-lieu touristique du nord Chili. Plus de photos? C’est par ici

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