PATAGONIE ET CARRETERA AUSTRAL (2/3)

Des forces retrouvées chez Geraldo à Neuquen capitale, je traverse la vraie pampa, bafouée par les vents puissants de Patagonie. On pourrait s’attendre à une première rencontre vierge, dénudée de la main de l’Homme, mais non. Je peux voir des villages fantômes, des habitants noyés dans l’alcoolisme, une pampa saignée pour en extraire le pétrole et gaz. Non loin de là s’est développé un des plus grand et controversé projets d’extraction minière : Vaca Muerta. Depuis Zapata, je me rapproche de plus en plus de la Cordillère des Andes. Le vent s’oppose fortement à cette avancée. Les premiers Araucarias me donnent la bienvenue. Ces arbres sont incroyables. Pas étonnant que les Mapuches vénéraient les Pehuenes. Je fais le tour du Lac d’Aluminé en passant par le charmant village de Villa Pehuenia. Pédaler au milieu de ces forêts de géants aux bras levés est vraiment un régal. Seul les nuages de poussières levés par les 4×4 freinent mon plaisir. A Aluminé, je rate de peu les fêtes pour le Carnaval. Je longe la rivière tranquille, bordée par quelques estancias. Il fait bon vivre et on produit d’excellents miels et confitures, et évidemment le dulce de leche dont je suis devenu addict.

Bienvenue des Pehuenes en Patagonie

Des paysages de plus en plus incroyables au fur et à mesure de ma descente vers le Sud. Là je camperai à l’orée d’une rivière vers émeraude, paradis des pêcheurs à la mouche. Près de San Martin de los Andes, où la préparation de la course internationale de trail El Cruce est à son comble, je me prépare à un trek dans le Parc national Lanin en compagnie d’Alejandro. Les forêts de nothofagus annoncent la couleur de l’éco-région patagonienne. Pas moins de 9 espèces de ce genre de hêtre peuplent les forêts du sud du continent. Généreusement arrosé par les vents venus du Pacifique, la forêt native de Patagonie est envoûtante, vraiment. Des bois tortueux et durs, dont les courbures marquent la rudesse du climat, le camaïeu de couleurs de leurs petites feuilles annoncent les saisons : ñire, coïgue, lenga ou encore « chêne » pellìn habitent ces forêts magiques. Les lacs et rivières sont impressionnants de beauté. Après une pause historico-politique à El Viejo Almacen del Foyel, je file vers Bariloche. Découverte d’une autre espèce endémique : L’arrayan. Le parc national qui y est dédié, à Villa la Angostura (une des villes de mon top 25!), m’offrira des points de vue irréels sur le lac Nahuel Huapi. Des couleurs dignes des Caraïbes. Cinq kilomètres avant d’arriver à San Carlos de Bariloche, je frôle la catastrophe. Un chauffeur fou de la compagnie Via Bariloche me pressera à sortir du bitume à coups de klaxon. Les cyclistes ne sont pas les bienvenus sur ces routes : pas de bande asphaltée sur les à-côtés, comportements des chauffeurs (notamment ceux des bus touristiques) écœurants, administration viale inefficace… Bref. Il aura juste droit à un missile salivaire sur sa tronche de cake, et moi une baigne dans la figure : ça ne lui aurait pas plu… Il faut pas lui demander d’être poli non plus ! Et moi de me taire…

L’empreinte de la culture allemande se fait de plus en plus forte au fur et à mesure du rapprochement polaire. El Bolson est un village alternatif, baba cool, très intéressant. De multiples projets d’éco-construction et d’agriculture durable y fleurissent chaque jour. Lors de la foire dominicale, où je déambule avec mon vélo, ça sent l’espérance d’un monde meilleur. Renfourché ma bécane, je ne peux que constater un désastre face auxquels arbres et administration argentine restent impuissants! Des pans de forêts entiers dévastés par les flammes (d’origine probablement criminelle). Après Trevelin, un village qui a conservé ses origines galloises, j’arrive, comme la pluie, sur la fameuse Carretera Austral au Chili.

Hommage à la Carretera Austral

Il faut dire que rester côté argentin sur le RN40 signifie faire des centaines de kilomètres à travers la pampa monotone, malmené par les vents indomptables. Côté chilien, sur la fameuse Carretera Austral, un autre paradis ouvre ses portes (si le temps le permet). Ici, les forêts sont exubérantes, les glaciers suspendus, les campings tout équipé, le cordero al palo prêt à être servi, et les torrents tumultueux. Depuis Futaleufu, capitale mondiale du rafting, je sillonne parmi ces merveilles naturelles à chaque courbe renouvelées. C’est un peu la Bretagne : il fait les 4 saisons en un jour. Trois petites semaines pour rejoindre Villa O’Higgins, Fin de la Carretera Austral. De la chance en ce qui concerne la météo. J’ai testé par pluie et froid, je peux vous dire que ça vous donne une autre expérience et image du lieu! Guidé par Aysén : Una Patagonia por Descubrir, je fais de belles rencontres parmi les nombreux cyclistes et mochileros (randonneurs), notamment je me retrouve un soir avec Nathan et ses 3 compères futurs agronomes de SupAgro Montpellier : cela ne me rajeuni pas! Suite de la piste toujours au milieu de paysages merveilleux. Cerro Castillo, Cathédrale de marbre, parc national Queulat, etc… C’est un terrain de jeu en harmonie avec la nature, source d’aventure et de découverte  en apparence inépuisable.

Comme sur l’altiplano bolivien du Sud Lipez, le revêtement de la piste n’est pas au meilleur de sa forme. Des travaux en vue de l’asphaltage de la Carretera n’arrange rien. Un mythe qui risque bientôt de s’éteindre avec l’arrivée brutale de la « modernité » à travers la connectivité jusqu’à Villa O’Higgins. Comme l’évoque Marcela Stormesan depuis son atelier d’art, cela risque de chambouler bien des choses dans la vie tranquille du village. Aujourd’hui encore relativement « isolé », les touristes arrivent toujours plus nombreux. Ni les infrastructures ni les mentalités ne sont encore prêtes pour ce changement. Comme l’Eco-camping Tsonek, certains ont opté pour le tourisme vert. Pourvu que l’écologie soit la voie suivie collectivement par Villa O’Higgins, pour prolonger cette saveur de « bout du monde ».

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