AVENTURE SOLO AUX LENÇOIS MARANHENSES

“Non, tu ne peux pas y aller tout seul! Tu vas te perdre. C’est dangereux!” Ce sont quelques des informations glânées a Barreirihnas, état brésilien du Maranhão, aux portes du fameux désert côtier du Lençois maranhenses. Y compris venant des pompiers militaires qui m’ont réservé un accueil très chaleureux. C’était sans compter ma pugnacité voire entêtement… Non rassasié par le tour organisé jusqu’à une lagune à la bordure du désert avec un groupe de touristes hystériques et mal éduqués, me voilà parti avec sac au dos, tente, gourdes, un peu de nourriture et la boussole en direction des grandes dunes. La grande inconnue est l’orientation. Sans carte précise, je vais me fier à la boussole et la bonne étoile. Soif de vivre le désert. Dans ce contexte, la seule solution me paraît être l´aventure en solo. Je serai bien récompensé de ce choix audacieux.
Le 4×4 collectif me dépose dans ce village Atins qui semble au bout du monde. De là je longe la plage vers le nord, et tente de camper au milieu des premières dunes comme le soleil se couche déjà. Mais le vent s´engouffrant avec violence m´en empêchera, impossible de planter les sardines et de stabiliser la tente. Je suis obligé de rejoindre une petite oasis à Ponte do mangue pour trouver un peu plus de calme. Les rares habitants vivent dans des conditions précaires de la pêche, l´artisanat et de l´elevage de quelques animaux, et sont heureux. Et généreux. Je partagerai un oeuf et mes anecdotes avec une belle famille. Mais leurs coqs sont un peu déphasés pour chanter toute la nuit. Yeux encore collés, je rejoins la plage pour marcher sur le sable meuble. Le soleil est violent, le vent aussi. Je suis déjà asséché. Le paysage est blanc. Protection totale de la peau. Je me réfugie dans des cabanes de pêcheurs qui semblent abandonnées pour un peu de repos et m´hydrater. J´ai hâte de rejoindre les dunes mais ou entrer exactement? Deux informations partielles me poussent a rejoindre une cabane et “rentrer a l´intérieur mais pas a 90 degres”. Avec ça je suis bien avance pour tirer mon azimut. rafraîchissement dans une petite cascade d´eau douce improbable en bordure de plage, pour soulager aussi une piqûre de méduse que j´ai voulu remettre à l´eau avec le pied… No comment!

Depuis la cabane et une sorte de forêt pétrifiée, je rentre avec un azimut de 285 degrés Ouest/Nord-Ouest, un peu au pif. Péniblement je m´éloigne du trait de côte, passe les premières lagunes a la transversale, ce qui est peu pratique pour garder le cap et pour les traverser. Des marques insignifiantes m´aident a garder le cap : sommet, touffe d´herbe, crottes de chèvres, nuage… Tout y passe. Pas vraiment le choix. Les lumières du soir teignent les dunes de contrastes étonnant. Cette fois, obligé de camper au milieu des dunes. La nuit approche et je n´ai toujours pas trouvé d´endroit adéquat et sans trop de vent. Une langue de sable entre deux lagunes m´offre cette possibilité de dormir cerné de dunes sous les étoiles. Toutes les affaires sont à l´interieur pour ancrer la tente au sol. Inoubliable. Un calme absolu lorsque le vent enfin se pose. Un lever de soleil rêvé, des couleurs incroyables, les ondulations parfaites des dunes, les jeux d´ombre. Devant ce spectacle naturel, j´en ai presque les larmes aux yeux. J´insiste avec ce cap en espérant arriver sur l´oasis recherchée. A 360 degrés, des dunes à perte de vue. Un paysage bicolore jaune et bleu. Ma seule compagnie sont quelques chèvres et mouettes bien braves qui n´hésitent pas à attaquer quand je passe près de leurs nids. Maintenant, ce sont de grands lacs que je dois traverser ou contourner. Une fois je me fais surprendre par la profondeur d´un d´entre eux. Résultat : tout trempé sac compris et une belle frayeur. Parfois, c´est pire avec les zones peu profondes marécageuses. Je me fais absorber ma jambe dans un sable mouvant. Une montée d’adrénaline. Un peu avant midi, j’ai des mirages. Non! Ce sont bien des quads qui passent au loin. Quelque temps plus tard, je les retrouve et ils me confirment mon cap! J´arrive à la rêvée oasis Baixa Grande. Ouf!!!
Non rassasié, je découvre les lagunes autour de cette oasis en attendant le déjeuner de Dona Marisa. Un vrai camaïeu de couleur, chaque lagune a une couleur singulière, dépendant des algues et du plancton en présence. Toutes les couleurs sont là. Et l´eau est douce, ce qui est un gros avantage de ce désert pour boire et se rafraîchir! Un paradis sur Terre je vous dis! On peut même marcher pied nu sur les dunes car le sable y est généralement meuble, battu par les bourrasques de vent. De retour pour le déjeuner, on m´annonce qu´un touriste en solo vient juste de partir en direction de Barreirinhas. Je décide aussi de prendre cette route mais ne pourrai le rattraper avant la nuit. Les traces disparaissent en quelques minutes sous le sable. De nouveau je me retrouve inquiet sur l´azimut, avec des informations peu précises des locaux. Je prends à l´aveugle un cap de 155 degrés Sud/Sud-Est. Quel bonheur ce sentiment de plénitude. Sur cette partie, les lençois sont plus grands et plus profonds. Je dois souvent les contourner et faire de gros détours. malgré ça je m´impressionne de garder le cap. Ce jeu est l´aventure dont j´avais rêvé dans ce fabuleux parc national, loin des sentiers touristiques de la périphérie. Blotti derrière une haute dune, en bordure de lac, je camperai. Un endroit idyllique. Un coucher de soleil fabuleux. Avant la nuit noire, je dois monter la tente, prendre un bain, et manger un bout. Dès 19h, mes yeux se ferment de fatigue sous le seul sifflement du vent. Je me réveillerai avec un autre beau spectacle : des gouttes tombent sur le désert. Pas beaucoup mais ça a rafraîchi l´atmosphere. Quelques étirements des muscles endoloris de la marche sur le sable et c´est reparti. Beaucoup de pensées me traversent, de mes êtres chéris qui sont loin mais proches a la fois. Je suis fier d´avoir vécu cette expérience extraordinaire en solo et d´avoir habité ce désert pas si hostile que ça. C´est un coup de coeur de mon voyage.
J´aperçois enfin les antennes de télécommunications de Barreirinhas qui se profilent au loin. Je profite de ces derniers moments privilégiés de solitude dans cet univers blanc avant de replonger dans la végétation. Au loin, les groupes de touristes affairés à prendre quelques photos clichés du Lagoa Azul sont comme des fourmis sur le flanc des dernières dunes… Retour à la civilisation.

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